Comment inciter les entreprises à repenser la définition et la valorisation du rôle de manager.

Le management intermédiaire perd de son attrait auprès des jeunes générations.
Loin d'être un signal faible, il s'agit d'une tendance structurelle.
Une étude récente du cabinet Robert Walters révèle que près de 60 % des jeunes collaborateurs ne souhaitent pas devenir managers, qualifiant ces rôles de sources de « fort stress pour une faible reconnaissance ». Pour les organisations qui s'appuient depuis longtemps sur le management intermédiaire comme pilier de l'exécution et du leadership d'équipe, ce constat soulève une question cruciale : qu'advient-il de ce modèle managérial que nous tenons pour acquis depuis des décennies ?
D'où vient cette réticence ?
En échangeant avec de jeunes professionnels, plusieurs facteurs reviennent de manière récurrente.
Tout d'abord, beaucoup perçoivent le management intermédiaire comme un rôle offrant peu de flexibilité et d'autonomie. Le manager est souvent réduit à un simple relais de décisions prises en haut lieu, avec une marge de manœuvre très limitée. Ensuite, la reconnaissance et le sens font fréquemment défaut. Les managers portent la responsabilité des résultats, de l'animation des équipes et des tensions, tout en se sentant pris en étau entre les attentes stratégiques et les contraintes opérationnelles, sans que leur contribution soit réellement valorisée.
On observe également un rejet croissant des modèles managériaux encore largement basés sur le contrôle et la discipline. Pour une génération qui a grandi avec l'accès à l'information, la collaboration et le travail en réseau, une autorité fondée sur le statut plutôt que sur l'influence semble obsolète. Enfin, la promesse d'un équilibre vie pro-vie perso paraît bien fragile dans ces fonctions. Horaires à rallonge, charge mentale et pression constante font apparaître le management intermédiaire comme un sacrifice personnel plutôt que comme une opportunité d'évolution.
Mis bout à bout, ces facteurs rendent la fonction peu attractive, non pas par manque d'ambition des jeunes talents, mais parce que le rapport bénéfice-risque n'est plus équilibré.
Crise d'engagement ou crise de modèle ?
Il serait facile d'interpréter cette réticence comme un désengagement ou un manque d'implication. Ce serait pourtant passer à côté du vrai sujet. Ce qui est remis en question, ce n'est pas la notion de responsabilité en soi, mais la manière dont elle est définie et exercée.
La génération Z ne rejette pas le leadership. Elle conteste les modèles managériaux fondés sur le contrôle, l'épuisement et le manque d'authenticité. Elle recherche des rôles où l'influence, l'apprentissage continu et l'impact l'emportent sur la hiérarchie.
C'est une invitation forte pour les entreprises à repenser la définition et la valeur du travail managérial.
Repenser le rôle du manager
Pour que le management intermédiaire reste pertinent et attractif, sa mission doit évoluer.
Cela commence par redéfinir la raison d'être du manager. Plutôt que de veiller au simple contrôle de la performance, son rôle doit s'orienter vers le coaching, la facilitation et le développement des compétences. Apporter de la clarté, libérer la prise de décision et accompagner la croissance des collaborateurs deviennent des priorités bien plus stratégiques que de faire respecter des directives.
En parallèle, les organisations doivent intégrer que l'évolution professionnelle ne passe pas systématiquement par le management d'équipe. Proposer des parcours de carrière alternatifs (expertises sectorielles, gestion de projets, rôles transverses) permet de valoriser les talents sans leur imposer des fonctions managériales qu'ils ne désirent pas ou pour lesquelles ils ne sont pas prêts.
Enfin, il est indispensable d'accompagner les managers actuels dans cette transition. Attendre d'eux qu'ils inspirent, engagent et veillent au bien-être de leurs équipes sans leur offrir de formation, de temps ou de reconnaissance ne fait que renforcer l'image d'un rôle « usant et peu valorisé ». Le développement des compétences relationnelles, émotionnelles et de leadership n'est plus une option : c'est la clé d'une performance durable.
Ce qui se joue réellement
L'enjeu dépasse largement la seule fonction de manager intermédiaire. Il touche directement à la capacité des entreprises à fidéliser leurs talents, à transmettre les savoirs et à maintenir l'engagement. Lorsque la ligne managériale s'affaiblit, la pression se reporte soit vers le sommet, soit directement sur les équipes opérationnelles… deux scénarios porteurs de risques majeurs.
Réinventer le management intermédiaire ne consiste donc pas à rendre ces postes plus séduisants sur le papier. Il s'agit d'aligner nos structures de leadership avec les réalités du monde du travail et les aspirations des nouvelles générations.
La question n'est plus de savoir si le modèle doit changer, mais à quelle vitesse les entreprises sauront, et oseront, s'adapter.
Comment pouvons-nous redéfinir le rôle des managers pour en faire des espaces d'influence, d'épanouissement et de sens, plutôt que des goulots d'étranglement générateurs de stress ?
